Cette année encore, le classement par points, communément appelé classement du meilleur sprinteur, était promis à Peter Sagan. Tout était écrit et cela s’annonçait grandiose : le slovaque remporterait le maillot vert pour la sixième fois d’affilée, égalerait le record d’Erik Zabel et profiterait de sa jeunesse pour le doubler l’année suivante, en roue arrière et sans les mains.

Seulement voilà, celui qu’on surnomme Hulk a été exclu au bout de quatre jours pour avoir fait parler la force de son coude plutôt que celle de ses mollets et la casaque verte s’est retrouvée sur les épaules d’Arnaud Démarre le soir même. Cocorico ! La France exulte, se félicite de sa nouvelle génération de coureurs et encourage le picard à consolider son maillot au moindre sprint intermédiaire.

Malheureusement pour les cocardiers, Kittel remporte la septième étape pour 6 millimètres et vire au vert. Etape de plaine après étape de plaine, le teuton assomme la concurrence en remportant un quatrième puis un cinquième bouquet. Il n’y a plus de second au sprint mais des « premiers après Kittel ». Chez les grosses cuisses, c’est la déprime.

Mario Cipollini avait l’habitude de quitter le Tour avant la montagne, André Greipel l’a imité sur le Giro une fois son quota de victoire atteint mais Marcel Kittel, lui, a l’honneur du maillot vert. Alors qu’au loin les Alpes dressent leurs remparts et que le jeune Michael Matthews profite du moindre sprint en bosse pour grignoter les points qui trainent, Kittel serre les dents de col en coup de cul pour sauver son maillot. Une bagatelle pour un pro ? Peut-être, mais pas lorsque l’on est un pur sprinter. Dites-vous qu’à taille quasiment égale, Marcel Kittel pèse près de 20 kilos de plus qu’un Christopher Froome. Essayez de grimper l’Izoard avec deux jerricans de dix litres dans les sacoches… Quel métier !

Comme si la pente ne suffisait pas, la Sunweb de Matthews attaque le grand Marcel et le challenger se lance dans des raids de baroudeurs. Le colosse arrive avec 16 minutes de retard et vacille. Lors de la dix-septième étape, il va au tapis, se relève mais c’est fini.

Avec Sagan, Cavendish et Kittel à la maison, le maillot vert est-il tombé tout cuit sur les épaules de Michael Matthews ? Pas vraiment. L’australien a les dents aussi longues qu’étincelantes et c’est en carnassier qu’il est allé quérir sa tunique : deux victoires de flandrien devant Greg Van Avermaet ou John Degenkolb mais surtout des raids de baroudeurs pour ce sprinteur que la montagne n’effraie pas. De bon augure pour les Championnats du Monde en septembre…